Un petit village perdu entre Fontainebleau et Sens: Vallery et son château Renaissance protégé par son enceinte médiévale. Une origine qui se perd dans la nuit des temps et dans cette nuit: l’éclat de l’armure étincelante de Jehan de Vallery qui, au coté de Saint Louis, fit le siège de Damiette en Egypte au cours de la 7ème croisade. En ce temps-là, la forteresse de Vallery pouvait abriter 5000 hommes en armes.

De cette époque nous reste une vaste enceinte flanquée de tours de divers âges et des caves voûtées.


C’est le 16 Avril de l’an de grâce 1548 que Saint-André, maréchal de France et favori du Roi Henri II, fait l’acquisition de la terre de Vallery pour la somme de 95.000 livres - une fortune à l’époque.


Le Maréchal de Saint André 1510-1562

Il s’adresse au plus talentueux des architectes de l’époque: Pierre Lescot.

Fantastique destinée que celle de Pierre Lescot, Chanoine de Notre-Dame de Paris pendant 25 ans, à qui revint l’honneur de construire le nouveau Louvre sous le règne de cinq Rois successifs.

Sous la plume de Madame de Lafayette, «Le maréchal de Saint André qui cherchait toutes les occasions de faire voir sa magnificence, supplia le Roi Henri II, sous le prétexte de lui montrer sa maison, qui ne venait que d’être achevée, de lui vouloir faire l’honneur d’y aller souper avec les Reines. Ce maréchal était bien aise de faire paraître aux yeux de Madame de Clèves, cette dépense éclatante qui allait surgir jusqu’à la profusion».


Pierre Lescot 1515-1578

Les travaux avaient été rondement menés et le Roi vint avec sa cour séjourner à Vallery les 19 et 20 Mars 1550. «Qui voyait ce temps-là Vallery meublé n’en pouvait estimer ni en priser les richesses» écrivait Brantôme.

Le château est paré de tapis de Turquie, de fourrures de martes et de loups-cerviers, de tapisseries des Flandres; la plus célèbre ornera plus tard les appartements du Cardinal de Mazarin. Les écuries possèdent des montures de toutes provenances, des bardes, des genêts achetés en Espagne… Des biens qui, vendus à la mort du maréchal, donneront lieu à «des encans (enchères) desquels on ne put jamais voir la fin tant (elles) durèrent».

À Vallery, Saint André fait planter, tout autour du château, de nombreuses vignes. Il n’hésite pas à faire chercher en char à bœufs, de la terre des quatre coins de France. Le Roi Henri II lui-même l’aide à garnir ses caves. Saint André va doter le château d’une ménagerie: il en retirera un ours qu’il offrira au Dauphin François, fils de Henri II. Vallery vit un tourbillon permanent: de chasses en banquets, de mascarades en débauches, ce ne sont que rires, danses, chuchotements et bruissements d’étoffes. Sous l’impulsion de Saint André, «vrai Lucullus en luxes, bombances et magnificences», la cour va bientôt découvrir les points d’orgue et les dérives de la fête sous les masques de faunes et de faunesses hilares.

Pour le malheur du Maréchal, au cours d’un tournoi, le capitaine de corps Montgomery a la maladresse d’enfoncer sa lance dans l’œil du Roi qui meurt de cette blessure. Le pouvoir échoit à son fils François II, qui meurt l’année suivante, puis à la redoutable Catherine de Médicis, qui n’éprouve nullement envers le maréchal de Saint-André l’amitié que lui témoignait son défunt mari. Les donations faites par Henri II sont révoquées. Saint-André ne songe plus qu’à combattre les Protestants. Il meurt au combat en l’an de grâce 1562, d’une balle dans la tête, et laisse derrière lui une épouse, Marguerite de Lustrac.

Celle-ci, fort ambitieuse, souhaite se remarier rapidement. Elle jette son dévolu sur un Prince du sang : Louis Ier de Bourbon, premier Prince de Condé.

Pour mieux le séduire, Marguerite de Lustrac change de religion: Condé est l’un des chefs du parti Huguenot. Elle offre ainsi le Château et ses richesses, tout simplement, à ce Louis de Condé… qui les accepte... garde le château... et n’épouse pas la dame ! En 1569, il meurt à Jarnac, tué de la même façon que le maréchal.


Louis Ier de Bourbon-Condé 1530 -1569

En l’an de grâce 1609, Henri II, troisième Prince de Condé, épouse la richissime Charlotte de Montmorency, fille du connétable, avec la bénédiction intéressée du Roi Henri IV : la mariée est belle, trop belle. Le Roi la désire et compte sur la complaisance du mari. Mais Condé se méfie. Il emmène sa femme en son château de Vallery et décline successivement toutes les invitations royales.

Quand celles-ci se font trop pressantes, il se présente seul à la Cour. La passion du Roi connaît alors de tels excès que, très vite, la distance qui sépare Vallery de Fontainebleau devient insignifiante.

Fou d’amour sous le ciel de France, le Roi oublie son rang de souverain. D’abord, il n’hésite pas à commander à Malesherbes de chanter ses amours. Ensuite, il vient jusque sur les terres du Prince, son cousin, avec deux de ses plus fidèles compagnons, déguisé la première fois en fauconnier, puis en valet de chien, un emplâtre sur l’œil. Bouleversé par l’émotion, Henri IV bat finalement en retraite, et Henri de Condé s’effraie de ce qu’un Roi, son Roi, soit allé aussi loin. Jamais l’histoire de France n’aura vécu pareille situation. Le prince se réfugie à Bruxelles, afin de soustraire son épouse à cette flamme royale.


Charlotte de Montmorency 1594 - 1650

Henri IV 1553 - 1610

Henri IV, ivre de douleur, tente bien de faire arrêter le carrosse à la frontière, mais trop tard… Henri de Condé, depuis Bruxelles, en appelle au Pape. Le Roi, quant à lui, fait appel au père de Charlotte, le connétable Henri de Montmorency, en dénonçant les mauvais traitements que ferait subir Condé à sa jeune femme. C’est alors qu’Henri IV, fort de sa passion, se décide à réunir la plus forte armée au monde, afin d’assiéger Bruxelles, faire entendre raison à la maison d’Autriche, son éternelle rivale depuis François 1er... et de s’emparer de Charlotte.

Les pouvoirs du roi de France sont alors à leur apogée, et l’Europe toute entière se serait embrasée, si Ravaillac, le 14 Avril de l’an de grâce 1610, n’avait mis fin aux jours du Vert Galant. Henri de Condé dirige alors l’opposition des Grands du royaume à la régence de Marie de Médicis, qui se rapproche de la Maison d’Autriche et du pape et fait emprisonner à Vincennes «Monsieur le Prince». Vingt ans plus tard, ce prince recevait Louis XIII à Vallery.


Henri II de Condé (1588 - 1646) sculpté par Gilles Guérin, Église de Vallery

Le quatrième Prince de Condé, Louis II de Bourbon dit «Le Grand Condé» a pour berceau le château de Vallery. «Ce héros né pour la guerre, le plus illustre de sa race», comparé aux seuls Alexandre le Grand et Jules César par ses contemporains, reçoit le commandement de l’armée de Picardie. Le Grand Condé inaugure alors une série d’éclatantes victoires. Celle de Rocroi (1643) le fit comparer au Cid de Corneille.

Le Grand Condé, ce héros flamboyant que l’on décrit comme «le plus grand capitaine français» aura pour souci tout au long de sa vie, de protéger et d’encourager de nombreux artistes tels que Molière, Racine, Corneille, La Bruyère et Boileau.

Quand il n’est pas l’épée au poing dans les champs de bataille, Monsieur le Prince, « que la mitraille atteint sans parvenir à l’abattre», aime à rallier la terre de ses ancêtres, comme en témoigne l’importante correspondance de Vallery.

S’il a bientôt pour principale résidence le château de Chantilly, venu de l’héritage maternel Montmorency, le Grand Condé n’oubliera jamais la terre de ses ancêtres. Il choisit Vallery pour ériger un mausolée à la mémoire de son père, et demande à y être lui-même enterré.


Le Grand Condé 1621-1686 par Antoine Coysevox

Le château de Vallery devait alors peu à peu sombrer dans l’oubli. Les successeurs des Princes de Condé, pour subvenir aux frais énormes d’entretien, n’hésitèrent pas à lui faire subir quelques mutilations.

À la fin des années 1980, je campais, à la belle saison dans le rez-de-chaussée du bâtiment Renaissance, seule partie du domaine encore vaguement habitable. Mon fils Jonathan attendait fiévreusement le week-end pour retrouver son “château des étoiles”. Les guides invitaient à visiter une ruine dévorée par le lierre et les ronces, noble vestige d’un passé prestigieux.

Le 15 décembre 1989, je signais donc de cette citadelle ensevelie dans l’Histoire.

Avec l’aide des Monuments Historiques, je fis abattre les murs intermédiaires qui divisaient la Grande Galerie en neuf salons et chambres tous délabrés, sur deux étages. Je réalisais ensuite un trompe-l’œil de 500 m2 en référence au «Camp du Drap d’Or» pour coiffer la Salle des Tentures dédiée aux dîners aux chandelles. Devait suivre l’aménagement des Caves Médiévales et d’une vingtaine de chambres.

Nous déterrâmes le pont en pierres qui commandait la Poterne. Vint dès 1994 l’aménagement du petit jardin d’eau, de la roseraie, du château médiéval puis de la grande étable qui devait en l’an 2000 se métamorphoser en ”Pavillon du Grand Bassin”.



Le 1er Août 2006, pour notre mariage, Ariane et moi inaugurions 2 appartements tout particuliers; Le Loft sous le signe de Bouddha et le Pigeonnier qui, fort de ses 2844 boulins, rêve ses 5688 volatiles princiers et n’abrite désormais plus que le sommeil de nos mariés. C’est le plus grand pigeonnier de France. Il est dédié à la lune et aux étoiles que l’on peut contempler au travers de sa verrière dans le ciel lumineux de Vallery. En 2008, naissait la palmeraie à l’ombre des remparts. Elle compte 4 chambres entièrement réalisés en bois de teck gras de Java et un petit kiosque balinais ombragé par les palmiers et les oliviers.

C’est en 2012 que nous inaugurions les salons de musique dédiés aux instruments des « Menu Plaisirs » de Louis XIV.

Avec la closerie qui les prolonge, ces salons peuvent désormais accueillir des cocktails ou des dîners de plain-pied avec le parc et ses jardins de rhododendrons, de camélias, de chèvrefeuilles et de rosiers grimpants. Enfin en 2013, était publié aux éditions Gourcuff Gradenigo mon livre: « Vallery, la fête au château ». Cet ouvrage fait la rétrospective des fêtes qui se sont déroulées au château. C’est aussi une exploration des arts du feu, de la table, de la danse, de la séduction...


"Vallery, la fête au château" Livre d’art 240 p. 24 x 31 cm

De fait, Vallery m’invitait également à une réflexion quand l’homme bien avant qu’il n’ait inventé la roue, avait découvert le masque, la danse et le maquillage!...

À Vallery, il n’est pas de mariages plus exceptionnels que d’autres. Grands ou petits, tous furent uniques et ceux de demain seront encore différents; peut-être parce que chaque couple est spécifique dans sa rencontre, son vécu et ses vocations. Certaines réceptions se déroulent dans la modestie et la simplicité.

Qu’importe ! Elles vibrent tout autant que dans les embrasements parce que le lieu en lui-même est généreux. Ici, il n’est aucune restriction et les musiques s’épanchent toute la nuit jusqu’en orée de forêt.

Le Château et ses ruines gardent ainsi en leurs pierres le souvenir de bien des fêtes aujourd’hui disparues et que continuent à se transmettre les oiseaux de nuit qui, au crépuscule, survolent cette citadelle.

P. Vansteenberghe
Propriétaire du Château de Vallery